UN BIEN MIXTE
NATUREL ET CULTUREL

Les critères retenus pour cette candidature

Six des dix critères imposés par l’UNESCO pour faire figurer un site sur la liste du Patrimoine mondial ont été retenus pour la candidature du Pays de l’Étang de Berre :

• Critère 2 :
Témoigner d'un échange d'influences considérables pendant une période donnée ou dans une aire culturelle déterminée, sur le développement de l'architecture ou de la technologie, des arts monumentaux, de la planification des villes ou de la création de paysages.

Berceau mondial de la domestication animale et haut-lieu préhistorique de l’exploitation maîtrisée des ressources naturelles, vivantes ou minérales, le pays de l’Étang de Berre est occupé par l’homme depuis au moins douze millénaires. A ce titre, il présente des témoignages inestimables sur l’origine des sociétés européennes et méditerranéennes. Ainsi, les abris sous roche situés sur la commune d’Istres (sites de Capeau, Cornille, Cornille II et vallon de Sulauze) témoignent de la présence, autour de l’Etang de Berre, de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs dès la fin du Magdalénien, au Paléolithique supérieur il y a plus de 10 000 ans. Ces sites attestent, chez les chasseurs d’antilopes saïga et de petits équidés Equus hydruntinus, de savoir-faire très perfectionnés en matière de connaissance et d’exploitation des ressources naturelles, et d’une maîtrise technique et manuelle très avancée, comme le prouvent les nombreux outils en pierre taillée livrés par les sites. 

Sur la commune de Châteauneuf-les-Martigues, l’abri sous roche de la Font-aux-Pigeons, daté de 9000 ans environ, revêt une importance internationale. Site éponyme, il a donné son nom à une tradition technique (ou faciès culturel), le Castelnovien, qui se caractérise par un mode de débitage de lames en silex standardisées. Il constitue l’une des preuves les plus anciennes, au niveau mondial, de la domestication par les hommes d’une espèce animale sauvage, ici la chèvre et le mouton. Il est à souligner que les descendantes de ces premières chèvres domestiquées par les riverains préhistoriques de l’Etang de Berre vivent toujours, à l’état semi-sauvage, sur les communes du Rove et de Châteauneuf-les-Martigues, témoignant d’une très longue permanence culturelle de la tradition agro-pastorale sur les pourtours de l’étang. 

Ainsi, ce site inestimable témoigne de manière très précoce de la transition, à l’œuvre dans tout le bassin méditerranéen, de l’économie paléolithique (basée sur la chasse, la pêche et la cueillette) à l’économie néolithique reposant sur l’agriculture et l’élevage. De plus, le site de la Font-aux-Pigeons montre une grande capacité d’adaptation des sociétés locales aux changements environnementaux. Tout d’abord, en diversifiant leurs sources de nourriture à partir de la domestication des caprins, tout en persistant dans la chasse et la pêche de la faune sauvage, puis en adaptant leurs techniques de pêche à l’invasion de l’eau de mer dans l’étang il y a 6000 ans, entraînant une modification des espèces, d’eau douce à eau salée. 

Au Néolithique, dès 6 000 avant J.C., les hommes réalisent des bracelets et des colliers à partir de coquillages perforés. Ils créent également des poteries qu'ils décorent grâce à un coquillage, "le cardium", donnant le nom à une culture originale (ou éponyme) désignée par les archéologues sous le terme de « cardial ». 

• Critère 4 : 
Offrir un exemple éminent d'un type de construction ou d'ensemble architectural ou technologique ou de paysage illustrant une ou des périodes significative(s) de l'histoire humaine. 

Dès le Néolithique final (3300 – 2500 avant J.C.), le site éponyme de Collet-Redon, sur la commune de Martigues-la Couronne, atteste d’un type de construction illustrant une période significative de l’histoire humaine. Il a livré une structure funéraire originale composée d’un assemblage osseux associé à un aménagement en pierres, qui a donné son nom à une culture caractéristique, dite couronienne.

Plus tard, à l’âge du bronze, le site du Camp de Laure, sur la commune du Rove, constitue l’un des premiers témoignages préhistoriques d’habitat fortifié en France, avec les ruines d'un rempart datant de la transition entre le IIIe-IIe millénaire avant notre ère.

Les abords de l’Etang de Berre sont également très riches en vestiges antiques, héllenistiques et gaulois constituant des ensembles architecturaux et monumentaux remarquables perdurant sur une très longue période. C’est le cas du site de Saint-Blaise, sur la commune de Saint-Mitre-les-Remparts, occupé depuis l’âge du bronze, ou du quartier de l’Ile, à Martigues, qui a livré de très riches témoignages datés de la Gaule antique. Plus récemment, l’invention de l’hydravion sur les bords de l’Etang de Berre (1910), puis la mise en place de la chaîne d’électricité hydraulique depuis les cours d’eau alpins (Durance et Verdon) via le Canal de Provence jusqu’à l’usine hydroélectrique de Saint-Chamas, témoignent du potentiel d’innovation et de la capacité d’exploitation optimale de l’environnement par les hommes. Enfin, l’implantation puis le développement de l’industrie chimique (poudrerie royale au XVIIe siècle, usines de soude dès 1809, stockage puis raffinage de pétrole à partir de 1889) ont marqué durablement les paysages du pourtour de l’Etang de Berre. Des mesures de protection et de restauration biologique drastiques, mises en place à partir des années 1970 et en progression constante, ont contribué à redonner aux écosystèmes détériorés une santé et une vigueur qu’ils avaient perdu durant plusieurs décennies. 

• Critère 5 :
Être un exemple éminent d'établissement humain traditionnel, de l'utilisation traditionnelle du territoire ou de la mer, qui soit représentatif d'une culture (ou de cultures), ou de l'interaction humaine avec l'environnement, spécialement quand celui-ci est devenu vulnérable sous l'impact d'une mutation irréversible.

L’adaptation des sociétés humaines de l’Etang de Berre à des conditions environnementales particulières, comme la présence d’un chenal de communication entre mer et lagune, les a conduits au fil des siècles à mettre en œuvre des pratiques traditionnelles d’exploitation du milieu aquatique, depuis les harpons en silex à barbelure de la préhistoire jusqu’aux techniques d’aquaculture originales développées sur les bords de l’étang au XVIIIe et XIXe siècle. C’est le cas des « bourdigues », ensemble de parcs sous-marins en roseau destinés à piéger le poisson, ou des « calens » à bras puis à moteur, filets tendus en travers du chenal et actionnés au moyen de treuils. Autant de pratiques culturelles marquant un profond enracinement des innovations techniques et culturelles sur les pourtours de l’étang, et qui peut être étendu aux pratiques agricoles terrestres : cultures méditerranéennes typiques en terrasses et emploi de restanques (murets de soutènement en pierres sèches), forage de puits très anciens. 

A l’âge du fer, en 600 avant J.C., l’exploitation du sel en salines est attestée sur le site de Saint-Blaise, sur la commune de Saint-Mitre-les-Remparts, attestant d’une maîtrise technologique et d’une interaction avec le milieu, qui commence également  à avoir un impact sur le paysage.

Dès l’Antiquité, les hommes exploitent la pierre du massif de la Nerthe, pour les besoins de construction de la cité phocéenne de Marseille (dès 600 avant J.C.), attestant d’échanges entre ces deux zones. 

• Critère 7 :
Représenter des phénomènes naturels ou des aires d'une beauté naturelle et d'une importance esthétique exceptionnelles.

L’Étang de Berre est relié à la Méditerranée par l'unique canal (ou chenal) de Caronte, ce qui en fait un exemple de mer intérieure unique en Europe. Sa forme et son aspect actuels, une lagune entourée de zones humides, de collines et de massifs calcaires, trouvent leur origine il y a 6000 ans lors de l’envahissement par les eaux de Méditerranée, suite à la fonte des glaciers consécutive à la fin de la dernière glaciation, d’une vaste dépression (ou « talweg ») creusée précédemment dans des argiles et des marnes tendres par l’érosion de fleuves côtiers. D’autres phénomènes naturels remarquables sont constitués par la « cuesta » de Vitrolles, falaise riche en fossiles, ou la « butte témoin » dans cette même commune, témoignage spectaculaire du travail de l’érosion sur un massif calcaire.

Cette influence prégnante des paysages, riches et variés, sur le territoire de l’Etang de Berre, tout comme l’apport incomparable de la luminosité naturelle propre à la Provence littorale, ont conduit de nombreux artistes peintres à privilégier ce territoire dans leurs recherches et réalisations picturales. Ainsi, Martigues et son pays ont constitué un centre artistique important dès la seconde moitié du XIXème siècle, autour d’Emile Loubon et l'Ecole provençale naturaliste. La lumière et les paysages autour de l’étang ont inspiré des peintres aussi différents que Monticelli, Guigou, Renoir, Signac, Seyssaud, Verdilhan, Chabaud, Camoin, Picabia, Dufy, Derain,  Manguin, Vlaminck, ou encore Ziem, le peintre de Venise. André Masson séjourne à Martigues lors de son évolution vers le surréalisme et, plus près de nous, Nicolas de Staël composera quatre toiles éclatantes sur Martigues et ses immédiats alentours. Martigues a aussi été le sujet de nombreuses toiles du peintre Picabia. 

• Critère 9 :
Être des exemples éminemment représentatifs de processus écologiques et biologiques en cours dans l'évolution et le développement des écosystèmes et communautés de plantes et d'animaux terrestres, aquatiques, côtiers et marins.

À l’échelle millénaire, l’envahissement de la lagune d’eau douce par les eaux salées de la Méditerranée, il y a 6000 ans, constitue un exemple éminent de l’évolution d’un paysage naturel, et d’une adaptation des biotopes à ce changement majeur de l’environnement. A la période historique, la reconquête par la forêt mixte suite à la déprise agricole témoigne de processus biologiques et écologiques de récupération, entraînant le retour d’espèces végétales et animales (terrestres et aquacoles) rares et endémiques. 

• Critère 10 :
Contenir les habitats naturels les plus représentatifs et les plus importants pour la conservation in situ de la diversité biologique, y compris ceux où survivent des espèces menacées ayant une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation.

Les particularités géographiques et géologiques de l’étang de Berre et ses pourtours expliquent la grande singularité de la flore et la faune de cet écosystème, qui fait de l'Étang de Berre un biotope remarquable à l'échelle mondiale, ou « hotspot » de biodiversité. Les berges de l’Etang sont riches en zones d’intérêt biologique, et particulièrement en zones humides. Ainsi, plus de 3 000 hectares d’habitats riches en biodiversité sont recensés à proximité de l’Etang, avec la présence d’une faune remarquablement variée : 359 espèces d’oiseaux, 53 espèces de mammifères dont 16 espèces de chauve-souris, 19 espèces de reptiles, 9 taxons d’amphibiens, 135 espèces de papillons de jour, 52 espèces de libellules et demoiselles et 74 espèces de sauterelles, grillons et criquets (orthoptères). De plus, l’Étang de Berre et son complexe écologique abritent plusieurs espèces floristiques ou fauniques menacées, dont plusieurs endémiques : anguille d’Europe (poisson migrateur),  limonium dur (plante littorale endémique), murin de Cappacini (chauve-souris), campagnol amphibie (micromammifère), toxostome (poisson de rivière) ou dolomède des marécages (araignée). Le complexe écologique de l'Étang de Berre abrite plus de 20 000 oiseaux d'eau de façon régulière depuis l'année 1995, ce qui en fait l’un des sites les plus importants, au sud de l’Europe, pour l’observation et la protection de l’avifaune. Cette richesse naturelle se traduit de manière concrète par l’existence, sur les pourtours de l’Etang de Berre, de six zones protégées à forte valeur biologique, propriétés du Conservatoire du littoral couvrant une superficie totale de 1 200 hectares : le domaine du Ranquet (78 ha), le site de Bolmon (720 ha), le site de la Poudrerie (117 ha), le site de la Petite Camargue (88 ha), le marais de la Tête noire (20 ha) et le site de l’étang du Pourra (157 ha). 

Des biens sont considérés comme « patrimoine mixte culturel et naturel » s’ils répondent à une partie ou à l’ensemble des définitions du patrimoine culturel et naturel figurant aux articles 1 et 2 de la Convention. Le patrimoine culturel et le patrimoine naturel sont définis aux articles 1 et 2 de la Convention du patrimoine mondial.

Article 1 - Aux fins de la présente Convention sont considérés comme « patrimoine culturel » :
- les monuments : œuvres architecturales, de sculpture ou de peinture monumentales, éléments ou structures de caractère archéologique, inscriptions, grottes et groupes d’éléments, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science,
- les ensembles : groupes de constructions isolées ou réunies, qui, en raison de leur architecture, de leur unité, ou de leur intégration dans le paysage, ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art ou de la science,
- les sites : œuvres de l’homme ou œuvres conjuguées de l’homme et de la nature, ainsi que les zones y compris les sites archéologiques qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique.

Article 2 - Aux fins de la présente Convention sont considérés comme «patrimoine naturel» :
- les monuments naturels constitués par des formations physiques et biologiques ou par des groupes de telles formations qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue esthétique ou scientifique,
- les formations géologiques et physiographiques et les zones strictement délimitées constituant l’habitat d’espèces animales et végétales menacées, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation,
- les sites naturels ou les zones naturelles strictement délimitées, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science, de la conservation ou de la beauté naturelle. 

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ENCOURAGEMENTS

RECUEILLIS À CE JOUR


  
  
  
  
  
  

La candidature

Les étapes

Suivez au fil du temps les étapes du projet d'inscription à l'UNESCO.

Qu'est-ce-que c'est ?

L'idée qui a donné naissance à la Convention du Patrimoine Mondial de l'UNESCO est que certains biens sont inestimables et irremplaçables au regard du patrimoine culturel et naturel de l’humanité.

Les critères

Pour figurer sur la Liste du patrimoine mondial, les sites doivent avoir une valeur universelle exceptionnelle et satisfaire à au moins un des dix critères de sélection.